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François ROOU - Sagan

 
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zagan


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Messages: 2

MessagePosté le: Jeu 22 Sep 2011, 18:17    Sujet du message: François ROOU - Sagan Répondre en citant

Bonjour,

Mon père était au Stalag VIII C dans une ferme. Le récit que vous faites me rappelle le sien (ci joint); Son Kommando (d'après la photo jointe) semblait être le 8!! vous parlez du 800? A toutes fins utiles je vous transmets ces documents. Merci de me répondre directement andre.roou@orange.fr



Bien Cordialement

André ROOU


SAGAN 1940/1945 – François ROOU, Prisonnier de Guerre

François ROOU, mon père, est parti à la guerre en 1939. Il a été fait prisonnier, me semble-t-il, à la Pointe de Givet dans les Ardennes le 12/05/1940 (à vérifier?). Il me semble qu'il parlait de la vallée de la Meuse et d'un endroit d'où l'on voyait la Meuse et sept villages, qu'il trouvait particulièrement beau.      


Il dut traverser la Belgique et une partie de la Hollande à pied. Cortèges de prisonniers encadrés par les soldats Allemands. Pas le droit de boire disait-il, même quand ils passaient près d'un point d'eau, c'était le plus dur. Il y a eu des morts rien que pour ça. Les soldats Allemands ont tiré sur des prisonniers déjà morts de soif, qui se précipitaient sur des points d'eau. Les populations civiles Belges et Hollandaises trayaient les vaches et disposaient des bidons de lait sur le passage des prisonniers. Les soldats renversaient les bidons à coup de pieds. Quand ils pouvaient, les prisonniers buvaient l'eau des flaques sur les chemins. Mon père disait aussi manger les jeunes pousses de blé qu'il pouvait arracher en passant au bord des champs.         

Autre geste des populations envers les prisonniers, au cours de certaines étapes elles envoyaient des enfants qui se faufilaient parmi eux pour leur donner du pain.           

Certaines fois aussi c'est, il me semble, la Croix Rouge, qui distribuait un peu de nourriture.             
Ensuite, une fois en Allemagne, c'est le train et les wagons à bestiaux qui les emportèrent vers le camp de prisonniers. Dans chaque wagon, il y avait une comporte d'eau et ils étaient tellement assoiffés qu'elle était immédiatement vidée.              
C'est ainsi au bout du voyage qu'il se retrouva à SAGAN en Basse Silésie, Stalag VIII C. Là, ils durent se déshabiller entièrement, on leur coupa les cheveux et ils passèrent à la douche. Après être passés à l'étuve, les habits leur furent rendus. Mon père racontait qu'ils avaient rétréci au lavage. Comme à tous les autres, on lui avait attribué un numéro de prisonnier de guerre, le n° 13.917. D'après la photo de groupe, il appartenait au kommando n° 8 (c'est ce n° qu'il marquait aussi en marge de son courrier, mais n'y avait-il pas confusion avec le N° du Stalag?).             
  
LES AUTRES PRISONNIERS:             
Il parlait en particulier des RUSSES qui étaient les plus maltraités, les Allemands les laissaient pratiquement mourir de faim. L'un deux était mort d'avoir mangé du tabac, n'ayant rien d'autre à se mettre sous la dent! Il racontait aussi une anecdote sur la débrouillardise des camps pour pouvoir se nourrir. Il suffisait de faire passer aux prisonniers Russes une capote (manteau) et ils vous rendaient un costume contre un peu de nourriture.             
Les Polonais étaient aussi maltraités. A côté les Français étaient beaucoup mieux considérés.             

LA REPARTITION:             
Étant donné qu'il était agriculteur, il choisit - autant qu'il le pouvait- d'aller dans une ferme. Il se retrouva avec un « pays » Monsieur ODOL, qui était d'Auragne (en fait de ST LEON) un petit village à côté du nôtre dans la Haute Garonne.             
Pour cette ferme, il en fallait une quinzaine et le dernier choisi se retrouva lui coupé de ses amis avec qui il comptait aller. Il s'agissait de Georges CAZAUX de MISSON dans les Landes avec qui mon père sympathisa et que nous eûmes l'occasion de revoir plusieurs fois par la suite. Lui n'était pas agriculteur, il s'était orienté vers la ferme parce qu'il se disait que les prisonniers y étaient mieux traités (ce qui semblait être souvent vrai). Il était très dynamique et très adroit et semble avoir été le moteur essentiel de ce groupe. Il y avait aussi, dans le groupe, un nommé BESSON.             

LA FERME:             
La mémoire me manque, je ne me souviens plus ni du nom de la ferme ni de celui du village où elle se trouvait. Mon père nous parlait d'un grand domaine avec beaucoup d'employés. Pour nous donner une idée, il le comparait à un domaine de notre village en Lauragais, Haute Garonne, qui en fait correspond , par sa taille, à un hameau. Il parlait des nombreuses femmes polonaises qui travaillaient là et de leur misère. Elles fabriquaient leur robe avec des sacs de pomme de terre. Il racontait même que le patron, en colère contre un ouvrier polonais, lui avait coupé une oreille d'un coup de coupe chou!             
Le jour de leur arrivée, on leur expliqua qu'ils vivraient à 15 dans une même pièce, sous la surveillance d'un gardien et que ce gardien serait chargé également de les surveiller pendant le travail. Il avait bien sûr un fusil.             
Ce premier jour on les fit pelle-verser un carré de terre. Ils n'avaient pas de tabac et roulaient des feuilles de fraisiers. L'un d'eux eut l'idée de faire un pari avec le gardien. S'ils arrivaient à pelle-verser une surface de terre prédéterminée, le gardien devrait donner une cigarette à chacun. Ils gagnèrent leur pari, leur garde qui ne s'y était pas préparé dut aller chercher un paquet de cigarettes. Méfiant il y est allé en reculant pour ne pas les perdre de vue et avec le fusil dans les mains. Il a tenu parole et en a fumé une lui aussi, cette cigarette mon père la savourait encore en nous racontant l'histoire.             
Pendant cinq ans, il vécut et travailla là. Je ne sais pas quels étaient les rapports avec le siège du STALAG, sans doute devait-il falloir qu'il y aille de temps en temps?           
En ce qui concerne le domaine, mon père trouvait qu'ils étaient en avance sur nous. Il comparait avec l'agriculture et la vie du Lauragais qu'il connaissait, et qui sans doute était déjà elle-même en retard par rapport à d'autres régions françaises. Par contre avec ses compagnons, agriculteurs d'autres régions de France, ils ont voulu , dans certains cas, montrer aussi leur savoir-faire aux Allemands. Non pas pour en faire trop (il fallait plutôt en faire moins), mais simplement par fierté. Je me souviens surtout de l'exemple des charrettes de foin. Mon père les décrivaient étroites et basses. Le chargement de foin était petit. Eux ils arrivaient à doubler le volume en plantant des piquets de bois dans le premier foin et en les faisant poser sur les ridelles. Ainsi le chargement s'élargissait au-dessus des roues de la charrette et comme il était plus large on pouvait gagner aussi de la hauteur, surtout si on rajoutait des câbles pour sangler le tout.             
Du haut de ces charrettes, ils pouvaient aussi secouer les branches des pommiers du domaine quand ils passaient dessous et ainsi améliorer l'ordinaire, en les cachant bien entendu.             
En fait d'ordinaire, au début, ils étaient très mal nourris. Tellement, qu'un jour ils décidèrent de protester en faisant grève. Ils allèrent bien sur le lieu de travail mais là au lieu de travailler, ils s'assirent par terre et ne bougèrent plus. Georges CAZAUX qui semblait avoir pris la tête du mouvement, fit savoir qu'ils ne bougeraient pas sans avoir vu le patron. Ce dernier arriva avec la colère que l'on imagine. CAZAUX lui montra le contenu de sa musette, ce que le gardien leur avait donné pour le repas. Il demanda au patron s'il estimait qu'ils pouvaient travailler avec si peu de nourriture. La colère du patron se retourna alors contre le gardien qui en fait gardait pour lui une partie de leur nourriture. Il dit aux prisonniers français de reprendre le travail et que le problème serait résolu dès le lendemain. Le gardien fut limogé et soi-disant envoyé sur le front Russe. Il fut remplacé par un vieux Monsieur dont la présence améliora les conditions de détention tant il était humain et fermait les yeux sur beaucoup de choses.              

AMELIORER L'ORDINAIRE:             
Pour continuer sur la nourriture, les prisonniers s'organisaient pour mieux manger et mieux vivre. D'abord à partir de colis qui arrivaient des familles de France et qui étaient mis en commun.              
J'ai raconté plus avant pour les pommes. Il y avait aussi le gibier. Mon père qui était chasseur était émerveillé par le gibier de cette région. La chasse était interdite et les espèces étaient abondantes, en particulier, lièvre et chevreuil. En travaillant dans les champs, ils avaient l'occasion d'en voir et bien sûr d'en piéger. Un lièvre gîté sous un sapin, à l'abri du froid, tué d'un coup de barre de bois. Un chevreuil pris au collet que l'on cachait et qu'on allait chercher la nuit. Comment? Grâce à un double de clé fabriqué par le forgeron (qui était un prisonnier) et qui permettait de sortir de la cellule. Il racontait qu'une nuit, ils n'arrivaient pas à retrouver le chevreuil caché sous des arbres, pendant qu'ils cherchaient un hibou s'était envolé en criant et ils avaient eu une peur bleu. En fait, dans la nuit, ils s'étaient trompés d'endroit.             
Quelques fois, il y avait eu des battues au lièvre. Je pense pour nourrir les troupes? Les prisonniers servaient de rabatteurs et ramassaient le gibier. Il y avait un responsable qui comptabilisait. Mais comme toujours en pareil cas quelques lièvres allaient mourir dans un taillis ou autre, à l'abri des regards. Pour un ou deux de cela, le prisonnier le plus proche criait « manqué » et il n'était pas comptabilisé. Il suffisait donc d'en cacher le nombre non comptabilisé (un ou deux) et d'aller les chercher la nuit.             
Plusieurs fois le vieux gardien leur faisait remarquer que leur cuisine sentait bien bon. Ils répondaient invariablement; « colis de France! » Etait-il dupe? Peut-être pas, il fit d'autre fois des allusions, qui donnaient l'impression qu'il s'était aperçu de leurs escapades nocturnes. Les rapports humains ne suivent jamais complètement les lignes rigides des règlements!             
Le forgeron avait aussi fabriqué un alambic à partir d'un vieux bidon de lait. Ils avaient réussi à le porter en pièces détachées dans leur cellule et ils distillaient des pommes de terre qu'ils avaient fait fermenter. Mon père parlait d'une « espèce de Schnaps »!             
Pour Noël, ils devaient chaque année, avec les moyens du bord, faire un petit réveillon. Pour le Noël 1944, c'est sûr, il y avait du lièvre au menu. En effet mon père, en mangeant se planta un éclat d'os de lièvre dans l'arrière gorge. Il dut aller à l'hôpital pour le faire enlever. C'est un médecin français, lui aussi prisonnier, qui le soigna, le Docteur IZARD originaire d'un village situé à 10 km du notre dans la Haute Garonne. Ils discutèrent du pays et ce Docteur qui avait des informations plus fraîches lui confirma qu'ils n'en avaient plus pour très longtemps à rester là.             

L'HIVER:             
Pas habitué à ce climat, mon père parlait souvent des températures très basses, de – 20° (et plus! Je crois me souvenir de - 35°) Il disait que le froid restait supportable dans la mesure où il n'y avait pas de vent. Pour nous faire rire, il nous racontait que quand il crachait en l'air c'est un glaçon qui retombait. Idem quand il faisait pipi!             
Pour les récoltes, il fallait faire vite à cause de la durée et le grand froid des hivers. Pour les pommes de terre, quand ils les ramassaient, ils faisaient des rangs en les entassant et en fin de journée avec une charrue, ils les recouvraient d'une couche de terre. Ainsi isolées, les pommes de terre restaient intactes malgré le froid et les gelées de la nuit.             

LA PROPAGANDE, LES POPULATIONS CIVILES:             
Plus le conflit avançait, plus les hommes partaient au front! À la fin dans le village, il n'y avait plus que des vieux et des femmes. Dans certaines petites fermes, un prisonnier français était le seul homme de la maison. Le contact avec ces populations était relativement bon.              
Épisodiquement, le régime nazi envoyait un de ses serviteurs faire la « propagande » dans les villages pour entretenir le moral des populations. Ils disaient, par exemple, que l'Allemagne allait gagner la guerre et qu'une fois la guerre finie, les prisonniers français resteraient dix ans pour les aider gratuitement dans leurs travaux.              
Ces déclarations n'étaient pas de nature à remonter le moral des prisonniers, heureusement, me racontait mon père, il y avait un vieil Allemand qui avait fait la guerre de 1914/18 et qui était opposant à HITLER. Il se débrouillait pour écouter Radio Londres et il venait leur dire que c'est eux qui allaient gagner la guerre et il leur donnait les dernières nouvelles,             
  
LA LIBERATION:             
Mon père quitta la ferme avec une carriole tirée par un cheval. En même temps, il convoya la patronne de la ferme jusqu'à une ville proche, je ne me souviens pas laquelle. Ensuite par le train. Il dut descendre dans une cave suite à une alerte (je crois me souvenir que c'était à DRESDE?). Quand il ressortit, les bombardements alliés avaient détruit la ville. Il perdit à peu près toutes ses affaires et un chien qu'il voulait ramener avec lui.         

Voilà - de mémoire, et donc forcément déformé et incomplet – ce que j'ai retenu des cinq ans de captivité de mon père au STALAG VIII C à SAGAN en Basse Silésie.           
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MessagePosté le: Jeu 22 Sep 2011, 18:17    Sujet du message: Publicité

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gayant
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MessagePosté le: Jeu 22 Sep 2011, 18:49    Sujet du message: François ROOU - Sagan Répondre en citant

Merci beaucoup, André, pour ce récit particulièrement précis et bien écrit.
La photo n'est pas jointe. Si vous éprouvez la moindre difficulté vous pouvez me l'adresser par mail et je la positionnerai dans votre message. 
gayantguard-divers@yahoo.fr

Bien cordialement,
Joël (modérateur).
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gayant
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MessagePosté le: Lun 28 Nov 2011, 14:41    Sujet du message: François ROOU - Sagan Répondre en citant

Je viens d'ajouter la photo manquante au sujet posté par André.

Piotr peut-il nous apporter des précisions sur ce kommando 8 ? Comme le souligne André dans le récit, n'y a-t-il pas confusion avec le N° du stalag ?

Merci d'avance,

Joël.
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gayant
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MessagePosté le: Lun 28 Nov 2011, 22:57    Sujet du message: François ROOU - Sagan Répondre en citant

Je poste pour le compte d'André les photos de la ferme décrite dans le sujet.

Il nous fait part de la remarque suivante: "la photo avec le cheval porte le cachet du photographe: "Foto TUTTES NAUMBOURG AM BOBER " (devenue aujourd'hui NOWOGROD BOBRZANSKI). Cette ville est à une trentaine de kms de SAGAN, il y a fort à parier que la ferme devait se trouver près de là.








 




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MessagePosté le: Aujourd’hui à 18:20    Sujet du message: François ROOU - Sagan

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